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19 janvier 2021
Conseils grossesses

Grossesse : les vrais risques du cytomégalovirus

Grossesse : les vrais risques du cytomégalovirus

Le cytomégalovirus, acronyme CMV, est à l’origine de nombreuses questions, voire inquiétudes chez les femmes enceintes. Sont-elles justifiées ? Quels sont les risques réels ? Et pourquoi en France, ne propose-t-on pas un dépistage systématique de ce virus durant la grossesse ?

Au cours des neuf mois de grossesse, la contamination par une bactérie ou un virus est souvent à l’origine de craintes. Le cytomégalovirus (CMV) fait partie de ces agents microbiens qui est redouté par beaucoup de femmes dans cette période. Pour la rédaction de cet article nous nous sommes basés sur les dernières données françaises de l’agence de santé – le Haut conseil de la santé publique (HCSP), qui a établi en 2018 un état de lieux sur ce sujet accompagné de « recommandations médicales » destinées aux professionnels de santé sur la prévention de l’infection à cytomégalovirus chez la femme enceinte.

Généralement infectée par un jeune enfant

Une infection virale à CMV peut survenir à tout âge, mais surtout chez les très jeunes enfants. En France, on estime que parmi les femmes en âge de procréer, près de la moitié d’entre elles ont déjà été auparavant infectées par ce virus. Celui-ci se transmet via des sécrétions, comme la salive, les larmes, les urines, généralement par un jeune enfant lui-même infecté. Une infection à CMV ne déclenche la plupart du temps aucun symptôme particulier. Et chez l’enfant comme chez un adulte (avec un système immunitaire actif), cette contamination est sans danger… sauf chez la femme enceinte où l’infection à cytomégalovirus peut être dans certains cas à risque pour le fœtus, avec pour conséquences : surdité plus ou moins importante, atteinte neurologique grave, etc.

Les infections du foetus sont rares : 0,43 % des nouveau-nés, c’est-à-dire un peu plus de 3 000 enfants infectés pour 750 000 naissances annuelles. Parmi les nouveau-nés infectés, seuls 13 % d’entre eux auront des symptômes « dont 30-40 % présenteront des séquelles responsables d’un handicap », précise le HCSP. Par ailleurs, parmi les 90 % d’enfants sans symptômes à la naissance, « 13 % développeront des anomalies et garderont des séquelles ».

Quels sont les symptômes de l’infection à cytomégalovirus ?

Pour 90% des adultes, l’infection virale à CMV passe inaperçue. Si les symptômes apparaissent, la personne infectée souffre alors de fièvre et de fatigue durant 2 à 12 semaines ainsi que de maux de tête, douleurs musculaires, perte de poids et parfois même de pharyngite. Chez la femme enceinte, les symptômes de cette maladie ressemblent à ceux d’une légère grippe. C’est pourquoi toute fièvre inexpliquée durant la grossesse doit être signalée à un professionnel de santé.

Chez le foetus, l’infection est sans symptômes dans 90% des cas également. Cependant, même par absence de symptômes des séquelles peuvent quand même apparaitre à la naissance. D’ailleurs après la naissance, le bébé continue à sécréter du CMV durant quelques années. Pour les foetus contractant des symptômes, ceux-ci sont sévères dans la moitié des cas. Ils peuvent parfois entrainer une naissance prématurée ou une fausse couche. A la naissance, le nouveau-né présente alors souvent d’autres symptômes comme une jaunisse, des convulsions, un retard de croissance.. Lorsque les symptômes sont importants, il y a un risque élevé de retard neurologique. Quand l’intensité des symptômes est moyenne, un tiers des enfants développe des symptômes de type surdité ou retard psychomoteur. Les deux autres tiers récupèrent de l’infection puis ont un développement complètement normal.

Pas de dépistage systématique

L’information importante est qu’une infection à CMV lors de la grossesse peut se produire chez une femme jamais infectée auparavant, mais aussi chez une femme qui a déjà été infectée (par réactivation du virus ou réinfection). Aussi, celles qui ont été contaminées une première fois par le CMV auraient tort de se croire protégées. C’est une des raisons pour laquelle, il n’est officiellement pas recommandé de dépister de manière systématique une infection à CMV chez toutes les femmes enceintes. Le plus important est que, déjà antérieurement infectées ou pas, les femmes enceintes doivent appliquer certaines mesures pour se protéger du CMV.

A titre de prévention, pour éviter aux femmes enceintes de contracter ce virus, il est recommandé ne pas embrasser de jeunes enfants sur la bouche, ne pas sucer leur tétine ou partager leurs couverts, ne pas utiliser leurs affaires de toilette, etc. Ces conseils sont aussi valables pour le partenaire. Les femmes enceintes entourées d’un ou de plusieurs jeunes enfants (pour des raisons professionnelles ou personnelles) doivent donc se montrer vigilantes.

Comme nous l’avons vu, le plus souvent une contamination durant la grossesse n’a pas de conséquences. Cependant, la recherche d’une infection à cytomégalovirus par une prise de sang (sérologie) est recommandée dans des circonstances spécifiques, comme la découverte d’anomalies fœtales lors d’un examen échographique ou la survenue de symptômes évocateurs de cette infection chez la future mère (fièvre, fatigue, maux de tête, douleurs musculaires). Il n’existe malheureusement aucun traitement des infections à CMV durant la grossesse. Chez les nouveau-nés infectés par le virus et souffrant de symptômes majeurs, un traitement antiviral spécifique peut être prescrit.

>> A LIRE : Grossesse : Savoir faire face aux bactéries et autres germes

Dr Nicolas Evrard


Sources :

  • La prévention de l’infection à cytomégalovirus chez la femme enceinte et chez le nouveau-né. Haut Conseil de la Santé Publique. 2018.
  • Suivi et orientation des femmes enceintes en fonction des situations à risque identifiées, Recommandations professionnelles, Haute Autorité de Santé, 2016.
  • Comment mieux informer les femmes enceintes ?, HAS, avril 2005.
  • Le Grand Livre de ma grossesse, édition 2021-2022, CNGOF, Eyrolles.

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